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Il analyse la différence entre les deux modèles de valeur platonicien et aristotélicien. L’adjonction de l’effet dans l’explication de la valeur est la clé de l’objectivité par le langage du sujet. La quadri-causalité d’Aristote est efficiente à diriger, formuler et réaliser les fins humaines dans la réalité physique. Il en découle la constitution de la société, de la loi, de l’économie et de la monnaie. Le propos est ici de rechercher une logique des concepts qui permette d’opérer la réalité, qui permette de justifier un nouvel ordre politique mondial fondé sur un étalon monétaire international et la responsabilité personnelle universelle de la création de valeur.
Crise de valeur
Platon et Aristote sont les penseurs les plus anciens de la structure du langage de la valeur ; structure qui s’est imposée au monde entier par le système monétaire et financier actuellement en crise. La notion de valeur contient celles de sujet et d’objet. La valeur est ce qui satisfait le sujet dans l’objet. La valeur remplit le sujet de l’objet que celui-ci choisit. Tout objet a une valeur pour un sujet qui satisfasse ses fins dans une matière formée dans son intelligence. La valeur implique que le sujet entre métaphysiquement dans l’objet pour y trouver la satisfaction de la fin qu’il cherche. La valeur résulte alors de la satisfaction éprouvée par le sujet de trouver à l’extérieur de lui-même une matière objective qui réponde formellement à l’une ou l’autre de ses fins. La valeur est l’expression de la liberté du sujet qui est à lui-même son propre manque.
Platon et Aristote offrent par la fin, la forme et la matière la structure conceptuelle de la valeur utilisée dans l’économie de l’échange libre sur un marché régi par la loi d’une société. La fin et la forme sont produits par le sujet. La matière est produit de l’objet par la forme que lui attribue le sujet en y trouvant sa fin. La fin appartient exclusivement au sujet. La matière appartient exclusivement à l’objet. La forme unit métaphysiquement l’objet au sujet. La valeur est produite par la présence du sujet dans le monde objectif, la présence du sujet dans l’univers extérieur à lui-même. La valeur provient de la présence dans l’univers du sujet, de sa finalité, de sa forme et de sa matière. La valeur est bien une situation d’équilibre du sujet avec le monde objectif dont il fait partie ; une situation où la matière du monde s’accorde par la forme aux fins du sujet.
La réalité ajoute à la relation du sujet au monde la pluralité des sujets. La réalité est une notion métaphysique qui réunit l’objectivité du monde à la pluralité des sujets. Par la réalité, les êtres humains perçoivent le monde en sensibilité physique et métaphysique. La sensibilité métaphysique au monde passe par la communication entre les sujets en relation de société. La divergence entre Platon et Aristote qui fait problème dans la mondialisation contemporaine est la fonction sociale entre les sujets. Pour Platon, la société est un fait matériel, un état de fait positif.Pour Aristote, la société contient du changement. La société est en soi-même un moteur de sujet, à la fois un état entre les sujets et une dynamique qui anime les sujets.
Puissance de l’effet
Aux trois causes, fin, forme et matière, communes aux deux structures de la valeur, Aristote ajoute l’effet. Par l’effet, la valeur peut changer pour le sujet sans que ni la fin, ni la forme, ni la matière ne changent dans le sujet lui-même. La causalité de l’effet introduit la société et le temps comme causes de variation de la valeur. La société humaine où se déroule le temps humain sont des causes d’être et d’existence en valeur. Pour un même sujet, la valeur peut changer, croître ou décroître, par l’action d’autres sujets mus dans le temps. La valeur varie au sujet par l’objectivité d’autres sujets mus dans le temps par leurs fins, leurs formes et les atomes de matière physique qu’ils actionnent par la métaphysique. L’économie, la finance et la monnaie n’ont d’existence spécifique que dans la structure aristotélicienne de la valeur. Chez Platon, la valeur totalement déterminée à l’intérieur du sujet ne peut ni croître, ni décroître hors du sujet. L’économie existe de fait chez Platon mais ne s’explique pas dans la réalité.
Sans la conception de l’effet qui abstrait la conséquence du sujet individuel, qui extrait du sujet un quelque chose qui s’en détache pour interagir avec d’autres sujets au fil du temps, Platon ne peut pas expliquer la causalité produite par la société. Il ne peut non plus expliquer l’objectivité du changement de la valeur dans le temps. La valeur est enfermée dans un éternel présent du sujet individuel. C’est la raison pour laquelle, les sages de la république de Platon décident entre eux et dans l’idéalité définitive ce qu’est la valeur. Ils ne communiquent par la valeur au reste de la société et ne se soumettent pas à la transformation du temps.
Par la causalité de l’effet, Aristote peut lui engager l’explication des interactions entre les sujets et des transformations qu’elles induisent sur les sujets individuels. La transformation des objets de valeur est l’effet du sujet formé dans une collectivité sociale. Le concept aristotélicien de démocratie structure la métaphysique du langage entre tous ses sujets. Il structure la transformation de la valeur que les sujets locuteurs induisent collectivement dans le temps humain. Le concept de démocratie englobe la participation potentielle de tout sujet à la production des formes de la valeur. La valeur s’exprime par le langage qui vient du sujet en société.
Monnaie d’histoire
Par l’effet, Aristote est parvenu à la première théorisation complète de la spécification de la valeur par la société dans le temps ; la première théorisation de la création de valeur par la société et l’écoulement du temps. Aristote pose l’outil conceptuel du verbe créateur que vont reprendre les Juifs et les Chrétiens. Il en extrait naturellement le premier modèle conceptuel complet de la monnaie toujours opérationnel aujourd’hui.
Définie comme unité de compte, moyen de règlement et réserve de valeur, la monnaie synthétise le concept efficient de la valeur réelle. L’unité de compte est le phénomène social de maîtrise métaphysique des limitations de la matière physique. Les sujets attribuent en société de la valeur à tout objet par une forme d’unité qui traduise la valeur en compte. L’unité partage la reconnaissance collective d’une même valeur limitée et individualisée par la matière. Le compte exprime pour la collectivité des sujets une même limite de la valeur matérialisée. Par l’unité de compte, la monnaie est la matérialité de la réalité incarnée par le sujet dans sa société. La monnaie matérialise métaphysiquement l’unité séparée du sujet avec toute autre sujet dans le monde physique.
Réserve de valeur
Le moyen de règlement associe dans une même société deux sujets dans un transfert de matière. Il associe les sujets à une unité matérialisée de conception de la valeur. Le moyen est ce qui instaure une même valeur entre deux sujets appartenant à une même société. Le règlement est ce qui matérialise l’existence d’une même loi de la société commune entre les sujets. L’unité de compte et le moyen de règlement fondent la valeur limitée par la durée de la matière dans la société. Unité de compte et moyen de règlement créent les conditions de la valeur matérielle humaine. La valeur développée dans la durée de la vie humaine.
Entre deux sujets, la réserve de valeur matérialise la durée d’un compte fixée par une loi stable portée dans la société. La réserve de valeur est dans la monnaie la matière du crédit. Le crédit réserve l’invariabilité dans le temps de la réalité engagée par une loi de la société. La monnaie aristotélicienne est complète par rapport à sa finalité humaine d’échanger de la valeur dans la société. La formalité de la monnaie est la loi politique. La matérialité de la monnaie est le crédit issue de la société organisée par la Loi. L’efficience de la monnaie est la mesure des variations de la valeur sociale dans le temps.
Détournement de la puissance
L’utilité platonicienne dans la présentation néo-libérale de la valeur politique et économique est transparente. Les responsables politiques et économiques initient en acte la transformation de la valeur en puissance. La valeur en puissance est dans la matière formée par la fin. La valeur en puissance n’a pas d’effet tant qu’elle n’est pas actée métaphysiquement et actualisée dans la réalité physique. Tous les sujets en position effective de décision de la valeur soit, par sa formalité légale, soit par sa matérialité comptable d’échange, disposent d’un privilège, d’une préséance issue de la logique de la valeur. Ils ont l’initiative de transformation de la puissance en acte.
Les responsables politiques et économiques ont un choix personnel à faire. Soit ils justifient leur privilège en se mettant au service de la démocratie : ils remettent et la forme et la matière à la disposition d’un sujet acheteur de l’objet. L’acheteur reçoit tout le bénéficie de sa fin. L’effet de la valeur est totalement réciproque où l’acheteur rend au vendeur le bénéfice de sa propre fin. Soit ils profitent de leur privilège financier en tronquant la république de sa plus-value de démocratie : ils cèdent un minimum de matière à un acheteur de l’objet. L’acheteur de sa fin perd alors une partie de la matière sous-jacente à la forme. La forme est retenue dans le privilège du vendeur. Un vendeur qui retient soit la forme qu’il maîtrise par la Loi soit la matière dont il dispose par l’intermédiation financière.
Des choix historiques
Le platonisme néo-libéral a fourni après la deuxième guerre mondiale la conceptualité de la pluralité politique et monétaire adaptée à un monde désenchanté, à un monde où l’effet ne se discute plus parce que masqué dans la métaphysique enfermée dans l’idéologie. La révolution scientifique, puis la libéralisation politique, puis la révolution industrielle ont écarté la discussion des fins humaines dans les effets de la valeur. Au XXème siècle, le seul moyen disponible à la discussion des fins entre sociétés délimitées dans des États nationaux est la guerre mondiale. Après la deuxième guerre mondiale, l’Organisation des Nations Unies crée un ordre abstrait. Il instaure une cohabitation internationale sans la nécessité de partager une dynamique de valeur. La suprématie du dollar institue une société mondiale de la matière sans partage de forme. Une société matérialiste sans transcendance des fins humaines, sans aucun enchantement métaphysique.
Le recul de la guerre permet l’enrichissement matériel du monde. Il induit une redistribution du poids matériel des monnaies dans des systèmes de valeur nationaux non coordonnés. Le néo-libéralisme « s’enforce » pour justifier le flottement des monnaies les unes par rapport aux autres. La valeur réelle des monnaies en or est devenu trop disparate pour maintenir une parité commune à travers la convertibilité légale fixe du dollar en or. Mais l’abandon en 1971 d’une loi mondiale de convertibilité de la forme monétaire en matière induit l’instabilité universelle de la Loi. Même dans les démocraties, la force publique n’est plus tenue par la stabilité matérielle de la Loi. La régulation de la dépense publique n’est pas étalonnable par sa contribution réelle à la valeur sociale. La valeur sociale des États de droit n’est mesurable par aucun étalon matériel objectif.
Matérialisme platonique
Le platonisme a un autre dérivé antérieur au néo-libéralisme. C’est le communisme, la négation pure et simple du sujet par l’unicité des fins humaines, un monothéisme matérialiste. Une fin commune non différentiable entre les sujets, implique une forme unique de la valeur et la configuration unique de la matière selon sa forme unique. Le résultat politique du communisme est identique à celui du néo-libéralisme : une dictature oligarchique. Mais il est plus radical en économie. L’abolition du sujet hors de l’oligarchie interdit la richesse collective par la suppression de tout échange de forme et la disparition de la monnaie. Le communisme détruit la matérialité sociale.
Le socialisme est moins idéaliste que le communisme. Pour éviter l’anéantissement de l’économie, il sépare le champ social en matérialité publique et matérialité privée. La matérialité privée non régulable par le bien commun produit la richesse du vice. Il faut par conséquent que la matérialité publique soustraie au vice la valeur nécessaire à l’existence universelle du sujet. A tout individu est alloué le minimum de ressource nécessaire à la vie matérielle. L’hypothèse fondatrice du socialisme reste la division du sujet entre ses finalités et sa matérialité qu’aucune forme idéelle ou légale ne peut vraiment concilier. Le socialisme est platonicien en ne concevant pas l’efficience de la société.
C’est le socialisme qui permet au néo-libéralisme de dissoudre la société par l’État de droit. L’inexistence de l’effet dans le modèle socialiste de la valeur laisse le sujet sans référence morale personnelle. S’il agit dans la sphère publique ses actes produisent du bien par essence. S’il agit dans la sphère privée, ses actes ne sont pas qualifiables. Le même sujet a donc toute latitude d’agir dans son seul intérêt, le cas échéant contre le bien public, à titre privé pendant que la disposition d’une étiquette publique l’exempte de répondre de la réalité de la valeur produite.
Altérité du bien public
Le néo-libéralisme focalisé sur la cause réelle de la valeur dans la liberté individuelle instruit le procès du sujet public de la Loi. Il déduit de l’absence d’outil de mesure de la réalité sociale, l’inexistence de la valeur produite pas le sujet public de la société. La vérification sociale de l’effet de la valeur est prétendu impossible par l’absence de loi exprimant la réalité du bien commun. L’allocation de ressource à des acteurs de la vérification sociale de la valeur devient impossible par l’absence de définition réaliste du bien commun. Néo-libéralisme et socialisme livrent un même combat contre la responsabilité personnelle de tout sujet dans le bien public. Sans formalité possible de conformité réelle au bien public, la valeur est captée par des intérêts particuliers.
Par la mondialisation hors de l’État de droit, les États de droit nationaux sans légitimité économique sont réduits à l’incapacité dans l’individualisme platonicien. L’oligarchie financière internationale prélève sa plus-value dans la valeur-même des liens sociétaux. L’organisation sociale des humains ordonnée à la production de valeur, individuelle parce que collective, se désagrège. La croissance s’effondre dans la réalité masquée par une finance métaphysique disjointe de toute physique. Le modèle aristotélicien de la valeur est une alternative immédiatement disponible dans la démocratie, dans la monnaie, dans la métaphysique du bien public et dans la responsabilité personnelle. La seule condition est de reconnaître l’efficience du verbe humain au service de l’autre. L’accueil de l’autre crée l’acte…


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