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Objectivité et inter-subjectivité de l’information financière

Les analogies entre la science physique et la finance sont fortes et évidentes ; le modèle de Black et Scholes de valorisation des primes d’option est tiré de la physique des fluides. La physique apporte à la finance des outils conceptuels pertinents. La raison fondamentale en est que la finalité de la finance est de produire des anticipations objectives des réalités physiques du futur. L’objectivité financière est donc une inter-subjectivité plus pure que l’objectivité des sciences dures confrontées à l’extériorité sensible du sujet qui théorise.

Le risque des sciences dures est que les concepts renvoient à des réalités non exactement identiques pour tout sujet, notamment  les différents acteurs de théorisation d’un même phénomène. Le risque est encore plus purement subjectif en finance puisque la réalité sous-jacente à l’objet n’est pas physiquement probable s’agissant d’une anticipation du futur. La spéculation financière a ceci de plus sur la spéculation scientifique qu’il n’est pas possible de lui opposer un principe de réalité « objective ».

La seule règle de vérité d’une activité financière est une convention d’inter-subjectivité dont la preuve d’application est toujours discutable. Le risque de crédit concerne en finance les objets et les sujets alors qu’il ne concerne que les sujets dans les sciences dures. Toutes les dérives de la finance ainsi que l’inefficience des réglementations financières et de la régulation vient de la mystification opérée par le scientisme politique entre l’objectivité et l’inter-subjectivité. Les responsables politiques, les dirigeants d’entreprise, les spéculateurs et les experts cachent la subjectivité des règles qu’ils appliquent derrière une fausse objectivité scientifique.

La seule manière efficace de mesurer et maîtriser ses risques économiques et stratégiques est d’assumer l’inter-subjectivité du risque financier. C’est la raison d’être de la gouvernance d’entreprise qui n’est en aucun cas une science des procédures mais une discussion quotidienne à tous les étages de la production des représentations et des mesures du prix des opérations effectuées et planifiées. A la différence des sciences dures, en finance, l’objectif n’est pas donné mais discuté, représenté et finalement adopté dans le doute persistant qu’il soit compris identiquement par l’ensemble des acteurs.

  1. L’éclatement de la bulle de 2008 n’a pas permis une réforme en profondeur des institutions financières et cet excellent article explique pourquoi : les outils objectifs manquent. N’ayant que partiellement soigné les effets et non les causes, nous risquons la rechute. Faut-il que le malade meurt pour que retentisse un hymne à la vie financière saine ?

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