Un de mes lecteurs fidèles – j’ai nommé mon parrain Le Monde Après – prend ce jour de mes nouvelles :
- Alors ? Depuis le temps qu’on ne t’a pas vue, entendue ? qui ? que ? quoi ? où ? donc ?
- J’étais en campagne réponds-je, c’est la saison.
Après avoir tout l’hiver réfléchi, lu, consulté, écrit, prospecté, j’avais décidé d’aller sur le terrain et d’écouter ce qui m’était dit. J’ai passé et passerai encore quelques temps en animation de formation continue, à m’intéresser au coaching d’équipes.
Ça râle dans les salles de formation, témoins ces quelques extraits :
- A) les cadres ne sont pas à la hauteur ou ils sont absents, pis, incolores ; et ils ne donnent pas l’exemple.
- B) il n’y a plus d’équipes, les jeunes (génération Y) et les vieux (baby boomers) ne savent pas travailler ensemble.
- C) je ne trouve pas ma place dans la nouvelle structure
- D) je suis démotivé, même si j’ai des idées, personne ne les entend, je ne suis pas reconnu.
De là à s’enfuir ouvrir un énième gîte rural sur le territoire de nos belles provinces, il n’y a qu’un pas qu’ils franchiraient : on me verrait sur « You Tube », à la une de « Des racines et des ailes » ce serait la gloire télévisuelle, la fortune assurée, ma maman enfin certaine de mes talents d’entrepreneur……etc
Holà réponds-je ! Les gîtes sont trop nombreux ; même positionnés sur une hyper niche du genre initiez-vous aux Réseaux Sociaux d’Entreprise en mangeant du foie gras dans un château du XVII siècle, une galette moyenâgeuse sur les bord de la Charente, les gîtes sont toujours à l’ombre d’une centrale nucléaire…
Ca jette un froid, voilà mes « coachés » accablés, eux qui venaient pour reprendre espoir…
Alors, je présente mes nouveaux outils :
A) – Le cadre hologramme : ça fait un peu High Tech mais l’outil consiste à se débrouiller pour obtenir les informations, valider des objectifs, déborder d’énergie à la place du cadre transparent. Mes coachés râlent, pas d’Iznogoud, ils ne sont pas payés pour faire le travail du cadre à la place du cadre ! Sans doute dis-je, il n’empêche que ça réveillera peut-être l’énergie du cadre endormi et il en restera toujours quelque chose. Mes coachés doutent et ronchonnent, alors je leur parle des films de Buster Keaton, le petit homme qui essaye toujours quelque chose, et après le gîte à l’ombre de la centrale, ça détend l’atmosphère.
B) – Le surf : c’est mon outil le plus scientifique, c’est LE chiffre qui confirme le pire : la génération « Y » représentera 50% de la main-d’œuvre d’ici la fin de la décennie. Vous savez, la génération « Y », ceux qui sont nés entre 1978 et 1995, les inexpérimentés, rétifs à la culture du devoir, à l’autorité, centrés sur la satisfaction immédiate, les valeurs personnelles avant l’organisation ? Mes coachés baby boomers – nés entre 1945 et 1964- qui eux sont bien identifiés à l’organisation, sont à nouveau inquiets, auront-ils encore une place en dehors de la maison de retraite ? Alors j’estocade, j’avoue avoir menti par omission : j’avais attendu pour leur dire que la génération « Y » est aussi tournée vers les projets, est inventive, chercheuse, innocente et ouverte à l’altérité, ce qui risque de renouveler le management de nos organisations (ils vont retrouver des cadres !) (1). Et promet un bel avenir au coaching d’équipes, art qui consiste comme on l’avait oublié à faire surfer sur les flots capricieux des gens embarqués sur le même bateau.
C) – Le rapport d’étonnement : c’est l’outil phare, parce tout le monde se retrouve dans le portrait d’une nouvelle structure, avec une « fiche de poste qui m’a été vendue et qui est un fantasme de la hiérarchie, qui ne correspond pas à la réalité ».
J’objecte : alors ouvrez vos yeux, vos oreilles et le soir, écrivez un rapport d’étonnement, fait de petits tirets sur ce que vous avez vu, enregistré. Les coachés protestent : Horreur ! Ecrire ? Mais ça ne se fait plus, c’est long fastidieux, ça ne sert à rien !
J’insiste : Erreur sur l’horreur ! Ecrire c’est mettre ses idées en forme, leur donner précision et force ; et dans ce cas, écrire, c’est se souvenir avec exactitude de l’écart entre ce qui est souhaité et la réalité, avant d’être trop acclimaté au nouvel environnement.
Je fais l’ordonnance : écrivez pendant un mois puis arrêtez, gardez le document toujours à portée de clic, relisez-le de temps en temps. Il vous sera utile lorsqu’on vous demandera un peu d’innovation, lors de votre entretien d’évaluation, pour vous fixer des objectifs personnels ou managériaux, pour mesurer le chemin parcouru lorsque vous partirez….écrire c’est créer.
D) - Les petits éboulis : c’est connu, les coachés sont des éternels incompris, des solitaires, désespérés de se faire un jour entendre, des ermites de la compétence professionnelle.
Dans l’ermitage dis-je, vous avez bien un collègue, un professionnel comme vous, qui pourrait partager, échanger des savoir-faire, des bonnes pratiques, voire les mettre en œuvre, ça pourrait faire boule de neige….Les ermites préférant le sable à la neige, je me permets d’insister : trois grains de sables qui bougent, ça fait un minuscule éboulis, un milliard de grains de sables qui bougent, ça fait chanter les dunes…
Un baby-boomer m’a répondu : trouvez autre chose, ça existe déjà, ça s’appelle les cercles de qualité, comme nouveauté, merci !
Depuis, je pense aller me faire coacher.
Conclusions :
Mes outils ne ressemblent à aucun objet scientifique.
Ils passent par le corps : yeux à ouvrir, oreilles à tendre, mains qui écrivent ou cliquent, paroles données, signifiant ainsi que nous sommes présents à ce que nous faisons.
Ainsi, ils ne parlent que de relations humaines, d’entreprises collectives.
Ils disent que le travail est médiateur de nos relations.
(1) ce n’est pas moi qui le dit mais le très sérieux volume 43 de la revue Pratique et Organisation des soins publiée sur le site de l’Assurance Maladie
mots-clés : travail médiateur, génération Y, baby boomers, éboulis, étonnement, coaching d’équipes, bonnes pratiques.








Le travail est médiateur de nos relations. C’est vraiment puissant comme phrase !!
Si on rapproche cela de McLuhan: « the media is the message » cela voudrait dire que nous communiquons par le travail. Pourquoi pas car réaliser quelque chose ensemble c’est mettre en commun nos représentations du monde pour faire quelque chose que l’on n’aurait pas pu faire tout seul.
On dirait une bonne définition du « plasma collaboratif », n’est ce pas ?
J’ai enfin pris le temps de lire ton article. J’ai enfin pris le temps d’écrire mon premier article, que dis-je de réécrire mon premier article.
Moi qui vient d’être « fraîchement » coachée par des gens de qualité. J’ai beaucoup écrit depuis 2 ans…je ne saurais que trop conseiller au responsable, et aux autres d’ailleurs, d’utiliser ton « rapport d’étonnement » pour la clareté, la lucidité d’esprit que l’écriture apporte.
Et je ME conseille…donc d’écrire très prochainement un ou plusieurs articles sur « la formation par le jeu en entreprise ». « Le learning by doing » qui sont et ont toujours été mes « chevaux de bataille »….mais ceci est une autre histoire qui débute… et qui, je le souhaite de tout mon coeur vont m’emmener vers l’élévation, la progression, la guidance, le développement « commercial » des
mes futurs apprenants et de moi-même !
Patricia
C’est une belle histoire. Elle aussi doit être relue régulièrement comme les rapports d’étonnement.
J’espère que je saurai appliquer quelques idées.
Merci pour cette contribution.
Cela ne doit pas être évident d’attiser une curiosité et une ouverture d’esprit perdue ou oubliée (ou inconnue). La vie doit être découverte, exploration et expérimentation, à commencer par le travail (on y passe tellement de temps). Content de voir qu’il existe des repères permettant le retour à l’encouragement de la réflexion de la remise en cause (positive) et de tout ce que cela peut générer.
Excellent article Laurence ! Les conflits générationnels sont souvent problématiques mais j’ai quand même noté un point commun entre les Génération Y et les Boomers. Le désir de se rattacher à des valeurs qui dépasse le simple cadre matériel. En revanche, si l’idée commune prédomine chez les générations Boomers, les semblent plus individualistes mais savent se rassembler pour aller chercher et accomplir un objectif commun.
Pour la remarque du Boomer, je dirais juste: « peut importe son nom, ni qui l’a inventé, l’important, c’est que ce soit fait »…;-)
Lorsqu’un cadre fera du surf (surf ‘hologramme’ bien sur) en rédigeant son rapport d’étonnement, il y aura des éboulis à l’arrivée ! Cette idée de ‘rapport d’étonnement’ est excellente, il faut écrire !
Merci Laurence pour ce très bel article.
Le rapport d’étonnement est bien pensé dans le concept, comme d’habitude mais c’est vraiment un esprit de vrai étonnement qu’il faut lui imprimer parce que si c’est juste du marketing pour le fameux rapport d’audit et qui reprend les mêmes points, autant l’appeler par son nom. De la même manière l’important quand il est fait, est de le prendre comme une volonté de faire progresser et non d’un point de vue négatif !