La longue traîne.
Vivons-nous dans une société égalitaire ? Ce serait une société où, suivant La Boétie, « aucune personne ne pourrait détenir du pouvoir sur les autres ». Nos choix seraient alors la stricte manifestation de notre volonté en toute indépendance de celui des autres. Nous savons depuis longtemps qu’il n’en est rien. Nous ne sommes pas égaux car nous nous influençons les uns les autres. Puisque nous sommes condamnés à vivre avec la loi de distribution en puissance, essayons d’en exploiter une caractéristique intéressante: la longue traine.
La Stratégie est une vision, pas un plan.
Dans beaucoup d’entreprises il existe un sentiment, souvent inavoué, qui dit qu’il est plus rentable d’être un suiveur rapide qu’un défricheur d’espaces vierges. A quoi bon « essuyer les plâtres » ? Laissons d’abord les créatifs anarchiques découvrir des nouvelles opportunités. Puis, en nous appuyant sur notre organisation planificatrice sans failles, nous saurons ensuite les développer à notre profit sans avoir couru le risque de la découverte. N’en déplaisent aux petits malins qui, de tous temps et en tous lieux, se sont trouvés au bon moment et au bon endroit pour « retirer les marrons du feu », cette attitude n’est plus efficace aujourd’hui.
Suivre au plus près, ou mieux devancer la demande des clients, si possible et surtout en l’incluant dans le processus d’invention, est devenu l’avantage concurrentiel déterminant. Il s’amplifie par la capacité d’apprentissage de l’entreprise au contact de ses clients. La performance relative (saisir rapidement les grandes tendances avant les autres) devient plus importante que la performance absolue (comprendre intégralement la demande pour pouvoir optimiser l’offre). Le différentiel de vitesse acquis au contact avec le marché ne fera alors que s’accroitre, ne laissant aux suiveurs que les segments banalisés. Un plan n’est qu’une projection incrémentale du présent alors que la stratégie se conçoit comme une vision mettant en mouvement l’entreprise et conditionnant des prises de décision adaptées aux situations rencontrées. Pour cela la participation de tous est nécessaire: voir l’entreprise comme une communauté de compétences ouvertes sur le marché permet de distinguer des opportunités invisibles à celui qui reste obnubilé par une vision centrée sur les produits et les processus de production.
