Narcisse.
Voila plus d’un an que, grâce à « Le Monde Après », je publie des articles sur ce blog. Cette expérience m’a enrichi bien au delà de mes attentes grâce aux commentaires et aux discussions que ces articles ont pu suscités. L’article dont on me parle le plus souvent est « la pensée balistique » dans lequel je décrivais un monde effrayant où les échanges d’idées, s’effectuant sous la forme de duel, rendaient toute création collective impossible. Je ne crois pas que nous dirigeons vers un tel monde. Je prédis au contraire un retour de l’éthique et du concept d’institution.
Une organisation qui n’arrive pas à se corriger de ses erreurs.
C’est ainsi que le sociologue Michel Crozier définit la bureaucratie. Depuis cette définition, les exemples n’ont pas manqués d’entreprises qui, introduisant de la rigidité là où il fallait de l’agilité, se sont progressivement coupés de leur environnement alors que la solution s’y trouvait. Si ces exemples vous rappellent quelques expériences vécues, vous vous posez probablement comme moi la question : Pourquoi tant de personnes cèdent si facilement à la douillette bureaucratie ?
Une Inquiète Activité.
Le principe d’autonomie des personnes repose sur deux fondations. D’une part la liberté de choisir qui seule permet d’attribuer une valeur aux échanges réalisés au sein d’une communauté. D’autre part la capacité à prendre des initiatives, visibles par les autres, dont il faudra assumer les conséquences, bonnes ou mauvaises. Nous avons discuté dans un article précédent (« La pensée balistique ») du fait que la liberté humaine est assez facilement manipulable. Si c’est le cas ne vaudrait il pas mieux qu’elle le soit par quelques intelligences éclairées et non par tout à chacun ? De plus, combien de personnes renoncent librement à leur autonomie parce qu’elles ne sont pas prêtes à supporter la dose d’angoisse qui résulte de son usage ?
La bicyclette, le revolver et l’absinthe.
La pataphysique est une parodie de philosophie qui explore ce qui est au-delà de la métaphysique. Elle se définit comme une « science des solutions imaginaires ». Elle cherche en particulier à faire triompher le principe de plaisir sur celui de réalité par exemple autour de l’usage des trois objets essentiels que sont la bicyclette, le revolver et l’absinthe. Mais pourquoi vouloir aller au delà de la métaphysique ?
Chaud Devant !
Parvenez-vous régulièrement à projeter dans l’avenir ce qui vous semble probable à partir de votre connaissance sur le passé et sur les processus en cours du présent ? Si oui, profitez bien de cette aptitude car dans la période de mutations que nous vivons cela deviendra de plus en plus difficile. Au risque de vous rendre incapable de traiter par vous-même les problèmes qui se posent. Alors que faire ? Pourquoi ne pas chercher dès maintenant à mettre en connexion les gens entre eux pour partager, en fonction de leurs besoins immédiats, une connaissance mise à jour en temps réel sur le milieu environnant. Il faudra s’y faire : le futur sera de moins en moins une simple extrapolation du passé !
L’Entreprise Libérée
Nous évoquions dans l’article précédent le risque de voir l’entreprise se replier sur elle-même, chacun se cristallisant sur des revendications individuelles au détriment de la performance collective. Faudrait-il protéger l’entreprise de ses membres en instaurant pour sa sauvegarde un ordre supérieur auquel tout le monde se plierait ?
L’homme est il un « animal politique » comme le dit Aristote ou au contraire « un loup pour l’homme » qui ne consent à arrêter « la guerre de tous contre tous » que lorsqu’il est contraint par une autorité supérieure qui instaure une « puissance de droit divin » capable de tenir chacun en respect par la crainte du châtiment ?
La réduction de l’entreprise mondialisée à un système de processus en amélioration continue pilotée par le haut court-circuite la pensée et empêche l’autonomie des acteurs de s’exprimer. Une conception plus humaniste de l’entreprise est nécessaire pour que celle ci puisse continuer à se développer. Cette vision de l’entreprise est réalisable si, en s’appuyant sur l’esprit d’éthique, elle rend crédible de nouvelles formes de solidarité collective. A nous de jouer !
L’esprit d’Ethique.
La ligne d’action proposée par ce blog est claire : développer l’autonomie des acteurs dans l’entreprise pour que celle ci s’ouvre davantage sur l’environnement et se nourrisse des interactions qu’elle entretient avec lui, en particulier avec ses clients. D’accord mais comment fait-on en pratique ?
La solution dépend d’une éthique de la responsabilité de chacun, qui ne passe pas seulement par des procédures écrites, mais surtout par une prise de conscience par chaque acteur de l’importance de sa contribution à la bonne marche de l’entreprise. Cette éthique ne vise pas à conditionner la recherche légitime du profit au bien être ressenti par les acteurs de l’entreprise. Elle vise plutôt à a faire en sorte que cette recherche du profit soit un facteur d’émancipation pour les personnes.
Cependant l’esprit d’éthique ne fait pas tout. Sans une vision claire de la direction à prendre, la stratégie, jointe une réelle capacité à prendre des décisions, l’entreprise aura seulement affaibli ses défenses sans pour autant augmenter ses capacités offensives.
