Les périodes de crises exacerbent les ruptures technologiques, en particulier lorsqu’elles touchent à l’emploi des personnes. Quand tout va bien, avant de s’intéresser aux changements innovants à mettre en œuvre dans son organisation, on consacre ses efforts à suivre son marché. Quand tout va mal, la crise est souvent utilisée comme un prétexte pour « réduire la voilure » au détriment de la solidarité. On cherche alors à exploiter toutes les innovations disponibles mais plus pour réduire les couts que pour développer les affaires.
Quelle est donc la rupture technologique majeure qui affecte sur le long terme l’activité économique dans son ensemble ? La rupture vient du fait que les robots et les ordinateurs deviennent des substituts au travail humain de plus en plus utilisés, quel que soit le domaine d’activité. On lira avec profit pour s’en convaincre l’excellent article publié par Thomas Friedman dans le New York times en Octobre dernier. Notre système industriel, centré sur des processus automatisés, produit des quantités croissantes de marchandises avec des quantités décroissantes de travail. A la longue le système se bloque, en l’état actuel des systèmes de redistribution, puisque moins de travail signifie moins de salaires distribués et donc une demande insuffisante par rapport à l’offre, en l’absence d’un endettement généralisé (ce dernier finissant par produire une crise encore plus grave !).
Cette rupture technologique est en train de nous faire passer d’une période centrée sur les processus de production vers une période d’optimisation des échanges entre les personnes. « The Economist » a proposé une segmentation intéressante qui aide à comprendre ce phénomène. Considérons donc que notre emploi appartient à l’une des 3 catégories suivantes : transformation (comme le travail productif dans les usines ou le génie civil), transaction (comme les banques ou les assurances) ou interaction (métiers d’expertise intellectuelle et de communication). Autant le dire tout de suite, si vous vous situez dans les 2 premières catégories tôt au tard vous serez en compétition avec des robots si vous ne l’êtes déjà.
Il ne nous reste donc que la dernière catégorie pour gagner notre vie : interaction. Ce qui nous incite à revoir complètement notre projet professionnel pour se diriger vers une activité de consultants à forte valeur ajoutée. C’était le thème que « Le Monde Après » avait choisi pour sa conférence donnée lors du dernier salon des micro-entreprises. Car comme l’explique très bien “The Economist” et le “New York Times”, le contexte actuel (crise plus mutation technologique sous-jacente) incite les entreprises à faire de plus en plus appel à des consultants qui sont à l’évidence, plus flexibles que des employés permanents mais surtout mieux à même de fournir l’expertise nécessaire quand l’entreprise en a besoin et pour la durée nécessaire.
Nous vivons donc une situation paradoxale où il a rarement été aussi difficile de trouver un job traditionnel mais aussi où, pour ceux qui savent le faire, développer son projet et trouver ses clients n’a jamais été aussi facile. Le portage salarial associé au plasma collaboratif représente une voie d’avenir en plein développement !








Merci pour cet article, Benoît !
J’aimerais revenir sur ta phrase « A la longue le système se bloque, en l’état actuel des systèmes de redistribution, puisque moins de travail signifie moins de salaires distribués et donc une demande insuffisante par rapport à l’offre, en l’absence d’un endettement généralisé (ce dernier finissant par produire une crise encore plus grave !). »
J’espère que la rupture technologique, dont tu parles dans ton article, provoquera tôt ou tard une suppression de l’argent. Les robots, qui ont succédé aux outils, et qui précèderont très probablement l’Intelligence Artificielle, ont pour but d’apporter du confort à l’être humain, notamment dans ses besoins physiologiques.
Ainsi, la rupture technologique devrait provoquer un jour des situations cocasses. Par exemple, il pourrait exister une association mondiale à but non lucratif, crée de la nourriture saine et gratuite grâce à une robotisation intensive et devenue autonome…
Les difficultés engendrées par cette industrialisation poussée à l’extrême seront donc :
- Une répartition des richesses / ressources au niveau mondial en fonction des besoins de la population
mais surtout…
- Une sortie progressive (ou brutale) de la logique financière et monétaire
- Une disparition de la valeur « travail », au profit d’une « contribution sociale ou d’innovation »
- Un index de développement humain, non plus fondé sur les richesses et les ressources, mais sur l’épanouissement (au niveau personnel et communautaire)
Je rejoins donc les 2 grands piliers qui fondent Le Monde Après : une société basée sur la réalisation à l’échelle personnelle d’un projet professionnel (et donc d’un projet de vie).
P.S : Merci aussi pour l’article de T. Friedman !
Merci Bastien pour être revenu sur cette phrase qui, je le reconnais bien volontiers, n’est pas la plus explicite de cet article ! A vrai dire elle concerne un sujet qui aurait pu ou du faire l’objet d’un article complet même si j’ai plusieurs fois abordé ce thème précédemment.
Il est important en effet de comprendre que ce qui va se passer dépend essentiellement de nous, les humains, et pas des robots. La logique du système précédent poussait dans le cadre productif, à assimiler les humains à des robots. On ne dit pas autre chose quand on considère que les humains sont des ressources pour les entreprises alors que c’est précisément l’inverse: ce sont les entreprises (et les robots qu’elles contiennent) qui sont des ressources pour les humains.
Il est donc permis d’espérer, même si la situation de transition n’est pas facile à vivre.
…la monnaie a apparemment été crée quelques siècles avant JC afin d’apaiser des divinités lors des accouchements… un lien entre l’irrationnel, le divin et les Hommes lors de phase particulièrement périlleuse de leurs vies. L’amalgame entre l’argent et puissance, rempart contre le besoin, la maladie et même la mort est donc ancré depuis longtemps. L’argent est aussi un avatar du pouvoir….dès que deux humains se rencontrent, ils se jaugent, s’évaluent et – consciemment ou pas – se positionnent en amont ou en aval…soit pas leur compte en banque, leur intelligence ou leur pragmatisme…L’apparition d’une société comme le Monde Après qui met effectivement en préalable l’épanouissement personnelle et professionnelle crée du sens : chaque nouveau membre devient émetteur / récepteur et contribue à ce que « le tout soit plus que la somme de ses parties » !…et le tout est moins sans l’une des parties, il est donc crucial de comprendre l’esprit et que chacun comprenne qu’il peut et doit faire la différence ! Bienvenue dans le plasma collaboratif !
Il a été en effet abondamment décrit comment la propriété des « moyens de production » par quelques uns accroissait inexorablement les inégalités avec les autres. On voit ainsi fleurir en ce moment, même à Wall Street, des pancartes « Marx avait raison » afin de signifier que ce processus finit par atteindre ses limites sociales. Mais que ce passerait il si les « moyens de production » étaient mis gratuitement à la disposition de tous ? Cela est certes très utopique mais en ce qui concerne le « cloud » – internet en libre service pour tous – n’est ce pas déjà le cas ? L’analyse de la valeur des produits que nous consommons ne révèle t elle pas une part croissante liées aux idées (innovation, marketing, expérience utilisateur) au détriment des éléments de matière qu’ils contiennent et qui sont mis en forme par des robots ?