En tant que consultant indépendant, j’ai évolué dans de grandes entreprises et institutions. Au sein d’organisations de plus de 5000 employés, j’ai fait des constats étonnants dès les premiers jours. Et je ne connais aujourd’hui aucune organisation aussi grande pour laquelle ces constats ne s’appliquent pas.
1) Ces organisations sont cadrées par des processus et des modes opératoires de type « robotique » qui laissent une part faible à la créativité et au talent personnel. Pour justifier ces modes de fonctionnement, on évoque « l’industrialisation », qui permet de standardiser des tâches maîtrisées et procédurables et la « ségrégation des tâches » pour délivrer une qualité de service optimale (chacun fait uniquement ce qu’il a été formé à faire ; s’il ne sait pas, il demande à son chef).
2) L’activité des dirigeants et leurs rapports au sein de la hiérarchie sont largement pollués par « la politique interne » et le « politiquement correct », qui sont deux concepts fondamentalement différents mais tous deux très nocifs. Le politiquement correct, c’est le comportement moyen, neutre et fade qui permet de ne pas terminer au fond d’un placard ; la politique interne, ce sont les alliances et les ententes qui permettront de grimper les échelons de la hiérarchie plus vite que les autres « collaborateurs ». D’autre part, l’organisation en place à l’échelle d’une entreprise ou même d’un service est directement issue des événements du passé : les alliances, les ruptures, les changements de dirigeants ont un impact si important que les réorganisations sont souvent décorrélées de la proposition de valeur de l’entreprise et ne servent qu’à répartir à nouveau des responsabilités avec une infinité de contraintes (liées au passé justement).
En dehors de mes activités de consultant, je suis actuellement entrepreneur. À ce titre, j’ai peur que l’organisation que je suis en train de créer tombe dans ce genre de travers. J’aimerais comparer le produit que nous construisons actuellement à un bijou, et l’organisation qui ira autour à l’écrin qui le protègera et le rendra encore plus désirable. Pour prendre une métaphore, j’aimerais que l’entreprise que je crée soit une danseuse étoile :
Comme une danseuse étoile, elle sera petite et souple, agile et simple :
Je prévois que mon entreprise n’ait aucun employé. Pourquoi signer des CDD ou des CDI quand on peut faire appel au portage salarial ? Les premiers temps d’une entreprise peuvent être difficiles, voire chaotiques. Il faut adapter les équipes aux budgets serrés, moduler les charges et garder sans cesse de l’agilité. Le portage salarial répond donc entièrement aux besoins d’une start-up. Par ailleurs, je considère le portage salarial comme beaucoup plus valorisant pour mes futurs partenaires. Il permet de ne jamais entrer dans la logique du « pointeur » (celui qui vient faire ses heures à contre cœur tous les jours et qui a perdu le goût de son activité…). À la place, j’ai tout intérêt à privilégier la prise de responsabilité et les initiatives des personnes avec qui je travaillerai.
Pour les partenaires et fournisseurs, je compte appliquer la même logique : me concentrer sur mon secteur d’activité, plutôt que d’apprendre tous les métiers du monde. Les grands comptes ont aujourd’hui des experts en tout ce qui se fait chez eux : de la comptabilité à la finance en passant par l’audit interne, des Systèmes d’Information au patrimoine (électricité, gaz, eau) en passant par la Qualité (j’ai de plus un ensemble de contentieux avec cette dernière ☺). Je souhaite dispenser ma petite pépite de ces lourds tributs. Les besoins ponctuels seront traités par des fournisseurs, les besoins plus long terme seront gérés via des partenariats, dans lesquels chaque partie aura toujours une sortie de secours. L’important est que les prestations soient gérées avec une obligation de résultat. Mes partenaires pourront s’organiser comme ils le souhaitent. Seuls les éléments en sortie m’intéresseront, ceux pour lesquels j’aurai payé.
Comme une danseuse étoile, elle sera jolie, désirable et incitera au rêve :
Pour lui donner toutes ses chances de faire le tour du monde des opéras et des conservatoires, je veux que l’équipe qui entourera ma petite danseuse soit cohérente et talentueuse. Elles devront trouver le projet excitant et magnifique. Parce qu’il l’est bien entendu, mais pas seulement. Il est à mon sens primordial de partager un rêve commun quand on travaille sur un même sujet, que l’on soit dirigeant, partenaire, fournisseur ou client. C’est pour moi la volonté commune et le but partagé au sein d’une équipe qui traduisent l’énergie due à l’immense charge de travail en une œuvre parfaite et géniale. On voit là une distorsion énorme avec les organisations lourdes, qui recrutent presque exclusivement sur du diplôme et du politiquement correct…
En plus d’être terriblement efficace, l’équipe telle que je l’ai décrite crée de l’envie et de l’engouement autour d’elle. Inévitablement, des opportunités se créent, des rencontres se font. Ces paramètres sont à mon sens beaucoup plus importants qu’une simple recherche de productivité ou de créativité, puisqu’ils transcendent le groupe de travail et élargissent ses réflexions. Je m’attends donc (et cela a déjà commencé) à rencontrer les personnes clés, qui permettront au projet de réussir, mais qui auraient pu ne jamais croiser nos chemins si l’énergie n’était pas déjà partagée au sein du groupe de départ.
Enfin, comme une danseuse étoile, elle sera exigeante et n’aura pas peur de se faire mal :
Devenir une danseuse étoile ou un virtuose du piano nécessite des dizaines d’années d’apprentissage. Le temps nécessaire pour avoir une sensibilité extrêmement développée, de savoir percevoir et retranscrire les émotions liées à la musique, mais aussi d’analyser et reproduire chaque mouvement, chaque note, chaque détail… Au-delà des aspects techniques et émotionnels, le temps et la maturité peuvent permettre à un artiste de se sublimer. Le temps nécessaire pour faire émerger une œuvre cohérente est donc long. Le chemin pour y parvenir semble souvent flou et périlleux.
C’est la même chose pour une entreprise. Le rassemblement de personnalités, de talents qui, au fil de leur existence emmagasinent des expériences et des savoir-faire très différents mais qui, à un instant donné, décident d’unir ce qu’ils sont devenus au fil des années pour construire une chose commune. De la même manière qu’ils ont traversé les étapes de leur vie, ils doivent désormais faire preuve de courage et de rigueur pour former un tout cohérent (produit, marketing, IT, juridiques et j’en oublie). Il faut souffrir, douter, passer des heures, être constant, s’obstiner. On est souvent en équipe, comme dans une troupe, mais on est seul, pour le travail de fond.
Une fois créée, la petite danseuse ne doit pas perdre l’envie de se faire mal. Les remises en question, les prises de risque, les changements sont autant d’effort à fournir, ou de souffrances et de doutes à vaincre. À chaque nouveau spectacle, le show doit être plus beau, plus intense, plus profond. L’exigence aussi est au cœur du processus de création. Les produits à lancer ne doivent pas être terminés à 80 ou à 90% mais bien à 100% : on ne montre pas un spectacle au public avant la dernière répétition générale. Tout doit être parfait.
Merci à Benoît Debray, Jean-Hugues Zenoni, Jean-Pierre Cointre, Fabien Salicis et Julien Grimal d’avoir contribué à cet article !








Bonne chance, BASTIEN, à ton entreprise « danseuse étoile ».
Par la même occasion, en tant que consultant, tu vas acquérir le statut de « danseur-étoile », qui existe aussi…
Et qui recquiert les mêmes qualités, avec une composante supplémentaire d’originalité , et une bonne part de « méconnu »…
Tiens, tiens … comme le consultant peut-être.
Comme convenu, ceci est ma 1ère contribution à un blog du MONDE APRES.
A bientôt,
…bravo Elisabeth pour se premier commentaire de blog, qui s’est fait – si je ne me trompe – juste à la sortie de la formation web 2.0 de ‘Le monde Après’, il faudra en faire d’autres !
Pour revenir à Bastien, cette allégorie de l’entreprise danseuse étoile est simplement très bien vue…une entreprise qui attire les talents, qui reste structurellement légère et qui n’a pas peur de se faire mal ! Une promotion du portage salarial qui permet en effet à des consultants de se regrouper dans un projet commun et d’apporter un supplément de productivité. Pas besoin de construire une centrale électrique à chaque fois que l’on a besoin d’électricité !